top of page

PARENTALITÉ ET ENJEUX SOCIETAUX


Quand le quatrième trimestre est alourdit par un bébé douloureux. Retour de ma propre expérience.



Je me demande quelle mère aurais-je été si j’avais continué à lui donner cet aliment alors que je savais pertinemment qu’il le faisait souffrir? Quelle image lui aurais-je renvoyé de l’éducation? Quelle relation aurais-je entretenue avec lui? Quels rapports aurait-il développés avec la nourriture? Comment se serait-il construit, auprès des adultes, soit-disant personnes de confiance? Comment aurait-il évolué s’il avait entendu toute son enfance qu’il était pénible, hyperactif?

Qu’aurait-été ma santé aussi? Mon couple, alors privé de sommeil, emprunts à de grandes inquiétudes? Incapable de poser un enfant sur un tapis de jeux? Constamment à la machine à laver pour effacer toutes traces de selles débordantes et régurgitations acides? Je me demande sérieusement ce qu’aurait été notre famille si je n’avais pas considérer les enjeux en cours et accepter les invitations que cet enfant me tendait?


Notre parcours avec la polyallergie débute officiellement au neuvième mois de notre deuxième enfant; date déjà particulièrement symbolique pour un bébé et sa maman. C’est à ce moment-là qu’une nouvelle page de notre quatrième trimestre s’écrit; celle de l’apaisement. La page précédente aurait pu s’appeler « l’enquête » ou «la galère» suivant l'humeur.

Au fur et à mesure que les symptômes et les douleurs de notre fils évoluaient, la conviction que quelque chose ne tournait pas rond nous envahissait. Dès la naissance, nous avons constaté que quelque chose le dérangeait. Assez rapidement, je le diagnostique, en tant que « sa mère », intolérant aux protéines de lait de vache. (J’apprendrai plus tard que le mot intolérance n’est pas adapté à ce genre de situations. Nous parlons dans ce cas d’allergie). J’applique un régime d’éviction avec les informations que je pêche à droite, à gauche et j’obtiens des résultats positifs. Pas suffisant pour clôturer le sujet, mais positifs. Puis je m’interroge lorsqu’il ingère de l’oeuf, du poulet. Malgré ce que je mets en place seule, les aides amicales, les informations que je cherche, je ne parviens pas à solutionner l’intégralité du problème. Il y a des améliorations, je découvre des belles choses mais il y a des rechutes. Des symptômes qui s’aggravent, notamment au moment de la diversification.

L’intégralité des démarches médicales que j’effectue ne donne rien jusqu’à ce fameux rendez-vous au neuvième mois. L’écoute n’est pas optimale, la confiance en mon expertise non plus et l’approche ne se fait pas sous le bon angle ou avec des croyances limitantes. Dans ce genre de situation seules l’ouverture d’esprit, l’écoute et la confiance doivent primer. Mais je ne croise pas vraiment cela.

Heureusement, mon réseau amicale s’active. Mes démarches finissent par payer et je continue à parler autour de moi, quitte à me prendre des murs ou des discours infantilisants et surtout j’accueille attentivement les retours d’expériences des autres. Leurs observations se confrontent aux miennes, je fais des ponts, je m’inspire des lectures, je fais le point sur notre passif etc Littéralement je mène une enquête. Et puis un jour, un retour d’expérience accélère la machine. Je bois les paroles de la maman tellement son histoire est copie conforme avec la mienne. Cette personne, sans le savoir, me donne la dernière pièce de mon enquête (et quelle pièce maîtresse!) et me transfère à 900km à vol d’oiseau de notre cocon. A cet endroit je pénètre officiellement en tant que mère dans l’univers de la polyallergie et mon fils est soulagé de son agitation permanente, ses maux de ventre, son reflux, sa toux et son rhume constant, ses difficultés de sommeil et sa respiration encombrée. Notre famille prends un nouveau souffle face à ce nouveau bébé. Nous dormons, les inquiétudes cessent et l’aînée retrouve des parents plus présents et sereins.

Notre aventure avec les allergies alimentaires continue aujourd’hui. Chaque membre de la famille est impactée à différentes manières et nous vivons avec la certitude qu’un jour, tout cela sera un mauvais rêve.


A l’heure où j’écris ces lignes, des dizaines et des dizaines de bébés souffrent comme notre fils. Le lait de riz a le vent en poupe, les préparations spécifiques pour bébés allergiques aussi, des traitements anti-reflux, anti-acides sont déversés en grande quantité, des mères allaitantes appliquent des régimes d’éviction parfois avec un soutien médical, très souvent sans; l’allaitement étant encore si mal considéré, compris de nos jours.

Les familles traversent des journées bien compliquées. Les couples se fâchent - l’épuisement déjà engendré par un nourrisson est multiplié avec un bébé douloureux -, la charge mentale des mères augmentent bien sûr -d’ailleurs beaucoup d’hommes ne croient pas les mères quand elles s’interrogent à ce sujet!- et leurs solitudes s’accentuent; beaucoup d’entre elles n’étant pas cru. Comme si nous étions ici dans le registre de le croyance. Comme si elles ne savaient pas, elles inventaient même.

Les produits laitiers ne sont plus vraiment nos amis pour la vie. Ils sont la source de beaucoup de problèmes que rencontrent les familles aujourd’hui. Ils rejoignent le gluten dans le top des bêtes noires alimentaires et sont LE sujet de discussions entre parents de bébés mi vomitos/mi koalas.

Comme beaucoup de personnes aujourd’hui, j’entrevois dans cette expérience une invitation. Nos bébés, par leurs pleurs, nous alertent. « Ça n’est pas bon, ça fait souffrir ». En acceptant cette invitation, nous pouvons regarder le monde tel qu'il est et notamment dans ses défis. Nous repensons l’alimentation, nous créons des liens avec les enjeux écologiques, environnementaux actuels et nous osons rêver et construire une société différente en remettons en question ce que nous avons connu. Quelle société vais-je construire à ma petite échelle en considérant que ce que mon fils me disait ça n’était rien, que ça allait passer? Où nous emmène ce détachement?

Bien sûr là où certains prennent la tangente, d’autres crient au scandale, à la bêtise. J’ai fini par arrêter de calculer le nombre de fois où j’ai entendu que ce que je faisais ne servait à rien, que mon fils était allergique parce que je le voulais, que les cabinets d’allergologues libéraux étaient des machines à fric, que la clef pour faire tolérer le lait de vache à mon fils était d’insister. Mais encore une fois quelle mère aurais-je été? Quelle femme serais-je devenu au cours de cette deuxième expérience de naissance?


Budget, charge mentale, isolement maternel, fatigue; tout ce qui relève du défi en postnatal est accentué avec un bébé douloureux. Les journées s'enchaînent et chaque étape franchit est vécue comme une victoire! Mais ce qui est encore plus déroutant c'est la façon dont tout cela nous renvoie, presque malgré nous, aux enjeux actuels de notre société : environnement, écologie, place de la femme, politique autour de la naissance et de l'enfant, etc. Les questions s'imposent à nous en traversant ces épreuves. Si ça c'est pas bon, avec quoi je nourris mon enfant? Quel place au végétal aujourd'hui? Quel impact sur notre métabolisme, notre fonctionnement, notre santé? Si nous sommes plusieurs, alors nous avons un problème majeur? J'ai ça en plus à gérer en tant que mère, comment je fais au quotidien? Je ne me sens pas écoutée, quelle place a ma parole en tant que femme?

Finalement, le monde d'aujourd'hui fait naître les parents. Et la parentalité change le monde pour demain. Encore faut-il accepter l'invitation.

-

Je suis Claire, maman de Victoire et Armand. J’aime partager autour de ma maternité et notre parentalité. Retrouvez mon univers dans ce blog et sur Instagram. Le quatrième trimestre étant devenu ma spécialisation, j'accompagne les femmes et les familles dans la période du postnatal. Je vous laisse visitez mon site et me contacter.

Un espace commentaires se trouvent en-dessous cet article. Il est à votre disposition pour toute question ou retours d’expériences.

-

Je dédie ce texte à Marie, Domitille et Florence. "Parce qu’il ne peut y avoir d’erreurs depuis l’espace du coeur."

22 vues0 commentaire
bottom of page